Fiche 13

Une menace lourde pour l'environnement

De l’augmentation des pollutions chimiques et du risque génétique à l’appauvrissement de la biodiversité, des sols et des réserves en eau, le développement massif des agrocarburants a de graves impacts écologiques sur notre planète, au Nord comme au Sud.

L'effondrement accéléré de la biodiversité

L’utilisation de millions d’hectares de terres agricoles pour des cultures destinées à la production d’agrocarburants a un impact désastreux sur la biodiversité, surtout dans les pays du Sud. Cet impact est à mettre au compte de trois causes :
  1. cause directe : l’utilisation de terres non agricoles pour les agrocarburants entraîne la destruction de forêts primaires ou secondaires, notamment les zones tropicales d’Asie du Sud-Est (Indonésie) et d’Amazonie, mais également de tourbières (en Malaisie), de prairies ou de savanes (savane sèche du Cerrado au Brésil) très riches en biodiversité.
  2. cause indirecte : les agrocarburants “ consomment ” des terres agricoles achetées à d’autres utilisateurs de ces terres, qui vont donc chercher de nouvelles terres et peuvent se tourner vers le défrichement ou la conversion de terres non agricoles (si les terres agricoles sont indisponibles ou trop coûteuses). Au Brésil, la canne à sucre repousse le soja vers le Nord et contribue à la destruction de la savane et de la forêt.
  3. effet de substitution : en France, l’utilisation importante d’huile de colza pour produire des agrocarburants a fait augmenter son prix. En réaction, l’industrie agroalimentaire européenne a accru ses importations d’huile de palme indonésienne pour remplacer l’huile de colza dans son activité. Du fait d’un marché mondialisé, un agrocarburant produit au Nord peut ainsi avoir des conséquences dévastatrices au Sud.
La destruction de la biodiversité par les pays du Nord est d’autant plus contradictoire que certains de ces pays exercent une pression croissante pour la protection de la biodiversité au Sud dans le cadre de diverses conventions internationales.
"Les monocultures réduisent la disponibilité en eau, assèchent les sources ou les contaminent avec des intrants chimiques agricoles. L’impact ne se limite pas aux surfaces occupées par les monocultures, mais il concerne également les territoires environnants."
Sergio Schlesinger, FASE, Brésil, partenaire de la campagne

L'accroissement des pollutions chimiques

Les objectifs d’incorporation des agrocarburants et les effets de coût et de rendement (la Commission européenne compte officiellement sur une augmentation des rendements pour accroître la production européenne) provoquent le recours à une agriculture industrielle intensive et à une utilisation massive d’engrais et de pesticides.

Les effets négatifs de cette pratique pour l’environnement et la santé sont aujourd’hui clairement établis :
  1. la pollution des eaux par les nitrates provoque une eutrophisation des milieux naturels pouvant conduire à leur destruction : les nitrates permettent le développement d’algues, qui consomment la quasi-totalité de l’oxygène dissous dans l’eau, ce qui détruit les plantes et chasse les poissons. Aux États-Unis, en 2007, la pollution causée par la production intensive de maïs a créé une “ zone morte ” de 20 000 km2 dans le golfe du Mexique ;
  2. les pesticides menacent dangereusement les écosystèmes et la santé des agriculteurs et des consommateurs.
En France, l’Inspection générale de l’environnement et le Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux ont déjà conclu que le développement des agrocarburants aura des conséquences sur la qualité des eaux – déjà mauvaise – en fonction du degré d’utilisation de la jachère.

La surconsommation d'eau

Au Sud comme au Nord, les millions d’hectares cultivés destinés aux agrocarburants impliquent une pression colossale supplémentaire sur les ressources en eau, notamment dans le cas où l’irrigation est pratiquée. C’est autant d’eau qui n’est plus disponible pour les milieux naturels et pour l’agriculture vivrière.

La destruction des sols

Désastre écologique passé sous silence, la dégradation des sols est générée par l’utilisation intensive de produits chimiques, le labour et l’usage de tracteurs lourds. Les sols contiennent 80 % de la biomasse terrestre : aucun écosystème et aucune agriculture ne peuvent survivre durablement sans eux. Dans le monde, chaque année, l’agriculture industrielle transforme l’équivalent de la moitié de la surface agricole française en désert.

Le risque génétique

Les agro-industriels mettent déjà en avant l’intérêt des organismes génétiquement modifiés (OGM) dans la production d’agrocarburants, afin de réduire la consommation en eau et d’accroître les rendements ainsi que la résistance des cultures à la sécheresse et à l’aridité. Mais jusqu’à aujourd’hui, les seuls OGM commercialisés par les agro-industriels sont les “ OGM pesticides ” (résistant à un herbicide ou à un insecticide) (54), qui provoquent une utilisation accrue de pesticides (55). De plus, les OGM soulèvent les questions de la contamination génétique des écosystèmes, de l’absence de garantie et de contrôle quant à leur utilisation et de la dépendance accrue des agriculteurs aux cinq géants biotechnologiques (Monsanto en tête).

L'aggravation du changement climatique

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