Fiche 12

Un bilan énergétique, climatique et financier déplorable

Pour justifier le recours aux agrocarburants, la Commission européenne met en avant la réduction de la dépendance énergétique et des émissions de gaz à effet de serre (GES). Mais l’efficacité énergétique et la rentabilité des agrocarburants sont loin d’être démontrées, au Nord comme au Sud.

Des résultats médiocres pour les agrocarburants produits en Europe

De la culture des végétaux à la sortie de l’usine, la production d’agrocarburants nécessite un apport d’énergie important. L’efficacité énergétique (rapport entre l’énergie libérée par la combustion de l’agrocarburant et la quantité d’énergie primaire fossile qu’il a fallu dépenser pour le produire) de l’agroéthanol de blé est de 1,4.

En conséquence, les réductions des émissions de GES sont souvent limitées. En France, l’agroéthanol de blé permet au mieux une réduction des émissions de GES de 12 % par rapport à l’essence (52). L’agrodiesel permet une réduction des émissions de 75 %. Cependant, trois facteurs diminuent considérablement l’intérêt de ces résultats :

L’impact global est marginal dans la lutte contre l’effet de serre : le plan gouvernemental français prévoit de diminuer d’ici à 2010 les émissions des transports routiers de moins de 5 % (soit - 1,3 % seulement des émissions françaises) alors qu’elles ont augmenté de 23 % depuis 1990.

Du fait de leur médiocre efficacité énergétique, les agrocarburants ne contribueraient guère à l’indépendance énergétique de la France. La productivité nette en tonne d’équivalent pétrole par hectare est très faible : 0,46 pour l’éthanol de blé et 0,56 pour le biodiesel de colza. Pour éviter l’importation de 10 % des carburants pétroliers utilisés en 2004, il faudrait cultiver 50 % des surfaces agricoles disponibles en France ! Cet objectif est irréaliste.
“ La Commission européenne ignore les principes du développement durable, à savoir l’exigence de retombées économiques bénéfiques, du respect de l’environnement et de la préservation des structures socioculturelles. ”
John Bamba, Institut Dayakologi, Indonésie, partenaire de la campagne

Des politiques irresponsables pour les pays en développement (PED)

L’Union européenne est incapable d’atteindre ses objectifs sans un impact sur sa production alimentaire et ses coûts de production sont plus élevés que ceux des PED. Elle reconnaît donc la nécessité d’importer des agrocarburants des pays du Sud. Cette politique est irresponsable, car en augmentant la demande de terres agricoles au Sud, elle favorise la destruction de puits de carbone comme les forêts, les zones humides et les prairies.

Or la déforestation est déjà responsable de 20 à 25 % des émissions mondiales de GES. En Malaisie, en Indonésie et en Colombie, les plantations de palmiers à huile font disparaître des millions d’hectares de forêt tropicale et de tourbière.

Un effet de substitution joue entre les agrocarburants produits en Europe et l’importation d’huiles produites dans les pays du Sud : la consommation européenne d’agrodiesel génère une forte augmentation de la demande d’huile de palme (produite surtout en Indonésie et en Malaisie) pour remplacer l’huile de colza "détournée" vers la production européenne d’agrocarburants.

Des coûts déraisonnables

L’État subventionne lourdement les filières industrielles d’agrocarburants. Selon Énergie durable en Normandie (Eden), le coût pour l’État de la tonne de CO2 évitée est extrêmement élevé : 130 euros par tonne évitée pour l’agrodiesel et 400 euros par tonne évitée pour l’agroéthanol de blé, alors qu’une tonne de carbone évitée coûte 40 euros pour l’utilisation thermique de la biomasse (53), soit 3,3 à 10 fois moins cher. La biomasse peut en effet être employée plus efficacement dans des chaudières commerciales ou des systèmes de cogénération (production combinée de chaleur et d’électricité).

Une autre solution efficace (et gratuite pour l’État) serait de réduire la vitesse maximale des voitures de 10 km/h ou d’améliorer leur rendement. Ces mesures peuvent générer des bénéfices au lieu de coûter de l’argent au contribuable, l’économie en carburant étant supérieure aux coûts technologiques.

Enfin, les coûts des agrocarburants pour améliorer la sécurité de l’offre de carburants sont inabordables. La Commission européenne a estimé que la production de 10 % d’agrocarburants (l’objectif fixé) coûtera 90 milliards de dollars d’ici à 2020 et n’améliorera la sécurité de l’offre qu’à hauteur de 12 milliards. Les politiques de réduction de la demande de carburant pour les transports sont donc bien plus sûres et ont un meilleur rapport coût-efficacité.