Fiche 2

Les agrocarburants, késako ?

Nous alertons l’opinion publique et les responsables politiques sur les dangers de la production à grande échelle d’agrocarburants. Mais de quoi s’agit-il ? Tour d’horizon des définitions clés et des chiffres essentiels.

60 millions, c’est le nombre de personnes menacées d’expropriation du fait de l’expansion des cultures destinées aux agrocarburants


"Biocarburants" et "Agrocarburants" : la guerre des mots

Promoteurs et opposants de ce type d’énergie sont en désaccord sur le vocabulaire à employer : nous préférons le préfixe “ agro ” pour souligner que la matière première est constituée de produits agricoles. Et une chose est sûre : la production de ces carburants, qui consomme beaucoup d’intrants chimiques et provoque de graves dommages écologiques (fiche 13), n’a rien à voir avec l’agriculture “ bio ”.

Agrodiésel et agroéthanol

L’agroéthanol est obtenu à partir de la fermentation de matières riches en sucre, comme la betterave et la canne à sucre, ou en amidon, comme le maïs et le blé. Dans l’Union européenne, l’éthanol est utilisé dans la fabrication d’ETBE (éthyl-tertio-butyl-éther) pour être incorporé à l’essence.
L’agrodiesel est obtenu à partir des huiles issues de plantes comme la palme, le colza, le jatropha, le tournesol, le soja, le ricin, l’arachide. Il peut être transformé sous la forme d’EMHV (ester-méthylique d’huile végétale) pour être incorporé au diesel.


Les agrocarburants en chiffres

10 % : c’est l’objectif d’incorporation d’agrocarburants dans la consommation énergétique pour les transports européens proposé par la Commission européenne au nom de la sécurité énergétique et de la lutte contre le changement climatique (3).

1,5 % : c’est l’augmentation annuelle moyenne de la consommation européenne de carburant pour les transports. Alors que l’Union européenne souhaite développer les agrocarburants pour sa sécurité énergétique, rien n’est mis en oeuvre pour stabiliser ou réduire le niveau de consommation actuel.

100 millions : c’est le nombre de tonnes de céréales transformées en carburant en 2006 (4). Ce chiffre est depuis cette date en constante augmentation.

232 kg : c’est la quantité de maïs nécessaire pour faire un plein de cinquante litres d’éthanol. Cette quantité de maïs représente assez de calories pour faire vivre un enfant pendant un an (5).

64 % : c’est la part de la production française d’huile de colza transformée en carburant en 2007 (6). Ce transfert d’utilisation conduit à une augmentation des importations d’huile de palme pour les produits alimentaires, encourageant par voie de conséquence les monocultures d’exportation en Indonésie et en Malaisie, à l’origine de la déforestation et de l’acculturation des populations autochtones.

1,9 % : c’est la part des agrocarburants dans la consommation totale de carburant pour les transports en Europe en 2006 (7). Pour atteindre un objectif d’incorporation de 10 % d’ici à 2020, l’Union européenne sera obligée de recourir à des importations massives en provenance des pays du Sud.

2,4 millions : c’est le nombre d’hectares qui seraient nécessaires en France afin d’atteindre une production suffisante pour incorporer 10 % d’agrocarburants dans les transports (8).

20 % : c’est la part des terres arables qui devraient être consacrées en Europe aux agrocarburants pour une production domestique à la hauteur de l’objectif de 10 % d’incorporation pour les transports (9).

14 milliards : c’est, en dollars, le montant de l’argent public que les pays de l’OCDE ont consacré au soutien des filières des agrocarburants en 2007 (10).

22 milliards : c’est, en euros, le montant prévu des subventions européennes en 2020 pour atteindre le niveau d’incorporation fixé (10 %) (11).

60 millions :
c’est le nombre de personnes menacées d’expropriation du fait de l’expansion des cultures destinées aux agrocarburants. Cinq millions de ces personnes se trouvent en Indonésie (12).

7,3 millions : c’est le nombre d’hectares de palmiers à huile en Indonésie aujourd’hui, ce qui représente la superficie de l’Angleterre, de la Suisse et des Pays-Bas réunis.

4 % : c’est la part estimée pour 2030 des agrocarburants dans le total des carburants utilisés par le transport routier dans le monde, soit le double d’aujourd’hui (13).

40 % : c’est au mieux la proportion de carburants qui pourrait être remplacée par de l’agroéthanol si l’ensemble des cultures et stocks mondiaux de céréales étaient convertis en agrocarburants (14).

Production et origine géographique (1)


Évolution de la production dans le monde, en millions de tonnes (2)




La production mondiale d’agrocarburants était de 36 millions de tonnes d’équivalent pétrole (Mtep) en 2007, soit 1,8 % de la consommation totale de carburants pour les transports.

Les agrocarburants à base d’éthanol représentent environ 79 % de la production mondiale.

La production d’agroéthanol en 2007 était de 28,5 Mtep, avec l’origine géographique suivante : États-Unis (51 %), Brésil (37 %) Union européenne (4 %), autres pays (8 %). L’essentiel de la production se situe donc au Brésil et aux États -Unis.

La production d’agrodiesel en 2007 était de 7,5 Mtep, avec l’origine géographique suivante : Union européenne (60 %), États-Unis (17 %), autres pays (33 %). L’Allemagne et la France couvrent près de la moitié de la production mondiale d’agrodiesel.