Fiche 4

Comment les agrocarburants participent à la crise alimentaire mondiale

Les politiques de développement des agrocarburants contribuent à l’augmentation du prix des denrées, à l’origine de la récente crise alimentaire, et favorisent les cultures d’exportation aux dépens de la relance de l’agriculture vivrière.

La terre produit aujourd’hui suffisamment pour nourrir l’ensemble de la population mondiale. Pourtant, dans le monde, 862 millions de personnes souffrent de la faim, dont les trois quarts en milieu rural dans les pays du Sud. Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 83 % au cours de ces trois dernières années (21). C’est un véritable choc auquel font face les pays du Sud, qui voient leur facture alimentaire augmenter brusquement, car ils sont dépendants des importations pour nourrir leur population. Pour les ménages pauvres, qui dépensent jusqu’aux trois quarts de leurs revenus dans l’alimentation, les conséquences sont catastrophiques. Les manifestations contre la vie chère, qui ont touché une quarantaine de pays en 2008, témoignent des difficultés supplémentaires de ces populations pour s’approvisionner.

“ Le droit à l’alimentation, énergie basique pour tout être humain, doit prévaloir sur le besoin d’énergie pour les machines.”
Front démocratique paysan, Mexique

La flambée des prix des denrées alimentaires peut aussi être attribuée à l’enchaînement de mauvaises récoltes, à la demande des pays émergents, à la faiblesse des stocks de céréales et à la surenchère spéculative. Mais l’OCDE estime que près de 60 % de l’augmentation de la consommation de céréales et d’huiles végétales est, entre 2005 et 2007 (22), imputable aux agrocarburants et le Fonds monétaire international considère que l’augmentation de la demande en agrocarburants compte pour 70 % dans la hausse des cours mondiaux du maïs (23) en 2007.

A contre-courant du premier objectif du millénaire pour le développement

En France, 64 % de l’huile de colza, jusqu’alors en majeure partie exportée, a été transformée en agrodiesel en 2007 (24). Cette même année, les États-Unis, principaux exportateurs de maïs, ont détourné l’essentiel de leur production vers la fabrication d’agrocarburants. Mais les produits alimentaires constitutifs des agrocarburants ne sont pas les seuls touchés : le prix du riz a fortement augmenté, car la flambée du blé et du maïs a conduit les populations à se retourner vers cette céréale pour se nourrir (25).

Les conséquences de la hausse des prix sont dramatiques : chaque point de pourcentage d’augmentation plonge 16 millions de personnes dans la pauvreté et la faim (26), alors que 2,6 milliards d’individus vivent déjà avec moins de deux dollars par jour (27). Dans le monde, près de 300 millions de personnes supplémentaires nécessitent une assistance immédiate (28). Mais dans la mesure où l’Agence internationale de l’énergie prévoit un décuplement de la consommation totale d’agrocarburants entre 2004 et 2030 (29), 600 millions de personnes supplémentaires devraient alors souffrir de la faim (30). Les politiques de développement des agrocarburants vont donc à contre-courant de l’éradication de la pauvreté et de la faim dans le monde, pourtant premier objectif du Millénaire pour le développement que les pays développés se sont engagés à réaliser d’ici à 2015.

La souveraineté alimentaire bafouée des pays du Sud

Afin d’atteindre leurs objectifs de consommation d’agrocarburants, les pays du Nord doivent également importer des pays du Sud des quantités considérables de matières premières, ce qui favorise le développement de monocultures d’exportation aux dépens d’une agriculture familiale et vivrière destinée aux marchés locaux. “ Au Mexique, nous importons 25 % du maïs consommé, la moitié de notre blé, plus de 50 % du riz et 90 % des graines oléagineuses. Notre souveraineté alimentaire étant déjà mise à mal, il est irresponsable de réserver de larges surfaces à la production d’agrocarburants ”, constate Victor Quintana du Front démocratique paysan.

C’est d’autant plus vrai qu’une part considérable des terres est déjà utilisée pour des productions non alimentaires. Au Brésil, en passe de supplanter les États-Unis comme premier producteur mondial de soja, cette culture représente 20 millions d’hectares, dont la majeure partie est destinée à l’alimentation animale des pays du Nord. En Afrique, les effets du remplacement des cultures alimentaires par des cultures énergétiques se font déjà sentir : “ Dans le nord du Bénin, les agriculteurs avaient déjà abandonné les cultures alimentaires au profit du coton et des arachides pour l’exportation. La population, qui subvenait auparavant à ses besoins, dépend aujourd’hui du Programme alimentaire mondial ”, témoigne ainsi Patrice Awanou, de Synergie paysanne Bénin.