Fiche 10

Lutter contre la précarité énergétique au sud : l’opportunité des filières de proximité

Si la culture à grande échelle destinée à la production d’agrocarburants s’accompagne de multiples dangers économiques, sociaux et écologiques, la production et l’utilisation d’agrocarburants à l’échelle locale constituent une solution durable pour l’accès à l’énergie des populations rurales du Sud.

Une filière de proximité correspond à une production locale d’agrocarburant, à usage local et dont les bénéfices reviennent aux populations rurales, qui doivent pouvoir s’approprier cette production grâce à des technologies simples et peu coûteuses.
L’huile végétale est souvent emblématique de ce type de filière puisqu’elle s’obtient par un processus mécanique d’extraction à partir de graines, puis de décantage/filtrage relativement simple. Les filières de production d’huile végétale pure (lire encadré fiche 11) offrent l’opportunité de développer les services énergétiques là où ils ont disparu ou n’ont jamais été déployés en raison du coût trop élevé des carburants.

L’approche en “ circuit court ” tend à une optimisation des coûts de production et place les petits producteurs au coeur des filières. Tout en fournissant la matière première, ils peuvent être actionnaires de l’unité d’extraction et distributeurs de l’huile produite. Mais il n’existe pas qu’un seul modèle de filière. Compte tenu de l’enjeu transversal de l’accès à l’énergie, de nombreuses ONG des pays du Sud associent la production et l’utilisation d’agrocarburants à leurs projets de développement local.

Raréfaction des sources locales et difficultés d'approvisionnement en énergie moderne

Les notions de précarité énergétique et d’accès aux services énergétiques sont cruciales pour comprendre l’intérêt des filières alternatives. Aujourd’hui, 1,6 milliard de personnes sont privées d’électricité et 2,4 milliards dépendent de la biomasse traditionnelle pour des activités de base comme la cuisine et le chauffage (48). Les ménages les plus pauvres des pays en développement dépensent jusqu’à 30 % de leur budget pour l’accès à l’énergie. Sur le plan national, le budget de pétrole de certains pays importateurs est six fois supérieur au budget consacré à la santé (49).

La fracture est encore plus forte entre le milieu rural et le milieu urbain. Éloignées des infrastructures (port, routes goudronnées), les populations rurales souffrent d’un accès limité et aléatoire à l’énergie (50) : dans les pays d’Afrique de l’Ouest bénéficiant du meilleur taux d’électrification, 7 % seulement des ruraux ont accès à l’électricité, contre 40 % de la population urbaine en moyenne.
La précarité énergétique est intimement liée à la raréfaction des sources d’énergie locales surexploitées (bois, charbon) et à l’inefficacité de l’approvisionnement en énergie moderne à coût raisonnable (produits pétroliers, gaz, électricité). L’électrification en zone rurale repose principalement sur des générateurs fonctionnant avec des produits pétroliers. Or dans le contexte d’une hausse du prix du pétrole, les coûts sont répercutés sur les prix des services, aggravant la pauvreté énergétique des populations.
“ Les conséquences sur le secteur agricole local du développement des agrocarburants dépendent du type de culture et des conditions de production mises en place. Elles peuvent être positives si la production n’est pas basée sur les monocultures, qui entraînent une érosion des terres, ou le déplacement d’autres cultures locales, touchant alors les petits producteurs. ”
Equipo Pueblo, Mexique

Des analyses fiables sur la viabilité des filières pour un choix raisonné

Pourtant, le développement de services énergétiques appropriés est une condition essentielle à la satisfaction de besoins fondamentaux, mais également à la montée en puissance d’activités productives, comme  la transformation et la conservation des céréales, qui permet une plus haute valeur ajoutée et est seule garante d’une dynamique de développement rural à long terme.
L’amélioration de l’accès à l’énergie pour les pays en développement constitue l’un des objectifs du Millénaire pour le développement (51). L’annonce récente d’une crise alimentaire mondiale a prouvé une fois de plus les limites des agrocarburants industriels et confirmé leur remise en question. En revanche, occulter également les modèles alternatifs revient à priver les pays en développement de solutions énergétiques durables, alors que ce sont ces mêmes pays qui paient le plus lourd tribut à la spéculation énergétique actuelle.

Compte tenu de la diversité des projets en cours dans les pays du Sud (investisseurs, ONG), la mise à disposition d’informations et d’analyses fiables sur la viabilité des filières ou sur les modalités d’implication économiques pour les petits producteurs est primordiale. Il s’agit de montrer les opportunités et les risques qu’il y a à s’engager dans la production d’agrocarburants. Le processus de recherche/action sur les filières alternatives est le moyen d’apporter aux pays du Sud un argumentaire économique, social et technique solide, adapté à chaque contexte.