Fiche 14
Surconsommation : la responsabilité des pays riches
Le débat sur les agrocarburants révèle l’impasse dans laquelle se trouve le modèle de surconsommation des pays riches, qui se base sur un recours massif aux énergies fossiles. Il est urgent de changer la donne.
L'inégalité de l'accès à l'énergie
L’usage des combustibles fossiles ne bénéficie qu’à une minorité : l’Amérique du Nord absorbe 30 % des fossiles, l’Europe de l’Ouest 18 %, soit presque la moitié de la consommation mondiale pour seulement 10 % de la population de la planète. Si la consommation de la Chine et des pays émergents explose depuis peu, elle reste très inférieure à celle des pays riches : une personne sur deux a une voiture en France, une sur quatre-vingts en Chine. Les pays riches, incapables de produire toute l’énergie qu’ils consomment, la puisent chez les pays du Sud, qui en manquent souvent cruellement. Les réserves fossiles s’épuisent : sur 98 pays producteurs dans le monde, 65 % ont déjà dépassé leur seuil de production maximale. Le "pic de Hubbert", point à partir duquel la production de combustibles fossiles va décliner, sera bientôt atteint.
La planète en alerte rouge
Il reste cependant largement assez de pétrole, de gaz et surtout de charbon pour déstabiliser le climat. L’extraction croissante des pétroles "lourds" (sables bitumineux) est encore plus dévastatrice pour l’environnement. Le changement climatique frappera surtout les pays pauvres, aggravant encore les inégalités. Afin de ne pas augmenter le climat planétaire de plus de 2 °C, objectif de l’Union européenne, il est impératif de faire le choix de ne plus exploiter les réserves fossiles, ce qui implique d’investir de moins en moins dans ce secteur.
Des gaspillages colossaux
Les deux tiers de l’énergie produite sont perdus. Un yaourt aux fraises parcourt 9 000 km avant d’arriver sur notre table. Entre 1975 et 2005, la population française a augmenté de 15 %, mais les déplacements en voiture se sont accrus de 60 %. Nous utilisons des systèmes énergétiques voraces pour nos actes quotidiens : nous vêtir, rencontrer nos ami(e)s, nous nourrir, etc. Ce modèle économique énergivore développé par les pays riches et vanté, voire imposé, internationalement ne fonctionne que si une minorité en profite : il n’est pas reproductible à l’échelle mondiale et il représente une menace majeure pour les droits élémentaires des personnes et des peuples.
L'enjeu de la souveraineté énergétique
Quelque 2 à 4 milliards d’êtres humains supplémentaires peupleront la planète d’ici à 2050. Ils auront comme nous tous un droit légitime à se nourrir, s’éduquer, se loger. Pour répondre à ces besoins fondamentaux, chaque être humain doit pouvoir bénéficier d’un accès minimum à l’énergie. La souveraineté énergétique des pays pauvres implique de réduire les importations fossiles colossales des pays riches.
“ La logique économique en vigueur veut que la croissance illimitée de la production et de la consommation soit impérative, sans considération des bénéfices ou des préjudices pour le consommateur ou des capacités de la Terre. ”
Sergio Schlesinger, FASE, Brésil, partenaire de la campagne
Des menaces sur la paix et sur la démocratie
Les combustibles fossiles sont concentrés au Moyen-Orient (pétrole), en Russie (gaz), en Chine (charbon) et en Amérique du Nord (huiles lourdes). Irons-nous faire la guerre pour sécuriser notre approvisionnement en pétrole, comme l’ont fait les États-Unis en Irak ? Un tiers des guerres civiles, contre un cinquième en 1992, ont désormais lieu dans des pays producteurs de pétrole. L’énergie atomique est également un risque majeur pour la sécurité et la démocratie.
L’aveuglement des experts officiels et des décideurs politiques
En 2007, l’Agence internationale de l’énergie estimait que la consommation mondiale de pétrole atteindrait 130 millions de barils par jour en 2030 (contre 86 aujourd’hui). En 2006, la Banque mondiale pronostiquait que le prix du baril de pétrole redescendrait à 59 dollars en 2007 pour se stabiliser vers 40 dollars en 2010. Mais il a dépassé 130 dollars dès juillet 2008, soit une erreur de la Banque mondiale d’environ 300 %. Il est urgent de remettre en cause les prévisions "officielles" de la production et de la consommation d’énergie, basés sur des scénarios
business as usual très influencés par les lobbies industriels.
Des alternatives nombreuses et immédiates
En matière d’énergie, l’aphorisme de Gandhi "Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre" est chaque jour davantage d’actualité. En France, l’association NegaWatt (
www.negawatt.org) démontre qu’il est possible de réduire notre consommation de 50 % et nos rejets de 75 % sans changement de qualité de vie, en se basant sur trois axes : sobriété, efficacité, caractère renouvelable. Réduire la consommation d’énergie est beaucoup plus important qu’en augmenter la production. L’élément clé, la sobriété, implique de développer dès leur conception des modèles de société les plus économes possibles en énergie. Les axes les plus prometteurs sont la rationalisation de l’utilisation des transports (
lire fiche 15), la construction d’un habitat sobre en énergie, la promotion de l’agriculture durable, la "relocalisation" de l’économie et la production décentralisée d’énergies renouvelables. Ce scénario, créateur de centaines de milliers d’emplois, permettrait une réduction des inégalités et des risques de conflits pour l’accès aux ressources fossiles.