Fiche 9

Le piège des agrocarburants de deuxième génération

Si la deuxième génération d’agrocarburants est présentée comme une solution miracle face aux critiques engendrées par la première, leur production nécessitera des rendements plus élevés et continuera d’asseoir le modèle agricole des monocultures intensives, néfaste pour l’environnement et les populations.

Les problèmes associés à la génération actuelle d’agrocarburants sont souvent écartés par l’annonce d’un passage imminent à des agrocarburants de deuxième génération, qui utiliseraient l’ensemble de la plante et non uniquement les parties comestibles. Ils auraient des rendements supérieurs, sans les inconvénients de la première génération, notamment la concurrence avec l’utilisation alimentaire. Les exemples les plus souvent cités sont la production d’éthanol à partir de lignine et de cellulose (ce qui permettrait également d’utiliser les arbres ou les graminées comme matière première) ou encore la production d’agrodiesel à partir d’algues.

La première génération est donc présentée comme une transition douloureuse mais brève vers des agrocarburants plus perfectionnés. Les objectifs d’incorporation de cette première génération d’agrocarburants seraient nécessaires pour fournir à l’industrie les garanties dont elle a besoin pour investir dans la deuxième génération.

Il est fort possible que le fait d’utiliser la première génération comme “ tremplin ” vers la deuxième génération se retourne contre nous : nous pourrions tout aussi bien nous retrouver coincés dans la première génération, en particulier si certains groupes d’intérêt en deviennent trop dépendants. Ce risque se manifeste déjà aux États-Unis, où la législation a établi les agrocarburants de deuxième génération comme un supplément et non une solution de substitution à l’éthanol de maïs, dont la production devrait atteindre 15 milliards de gallons (45) par an d’ici à 2015. Ce chiffre atteint, les agrocarburants perfectionnés devraient constituer la production nécessaire pour atteindre l’objectif de 36 milliards de gallons fournis d’ici à 2022.

Les coûts les plus importants, pour la nutrition et pour l’environnement, sont irréversibles. Il serait donc plus judicieux de consacrer à la recherche et au développement sur les agrocarburants de deuxième génération les milliards de dollars que les pays de l’OCDE dépensent actuellement pour soutenir la production de la première génération. Or, les États-Unis et l’Union européenne ne consacrent qu’une minuscule part (respectivement 8 % et 2 % environ) de leurs subventions aux agrocarburants aux travaux de recherche et développement (46).

Des rendements plus élevés pour des cibles plus ambitieuses

Les agrocarburants de deuxième génération auront-ils moins d’impacts négatifs sur la pauvreté et l’environnement ? Leurs rendements seront probablement plus élevés, mais de nombreuses technologies de deuxième génération poseront des problèmes similaires parce qu’elles dépendront de monocultures à grande échelle qui menacent la biodiversité, la production alimentaire et les droits fonciers. Ce n’est pas parce qu’un agrocarburant de deuxième génération n’utilise pas des denrées alimentaires comme matières premières qu’il ne menace pas la sécurité alimentaire : il entrera tout de même en concurrence avec la production vivrière pour l’accès aux terres, à l’eau et aux autres intrants agricoles.

Et l’idée selon laquelle les agrocarburants de deuxième génération utiliseront moins de terres est discutable, car des rendements plus élevés donneront probablement lieu à des cibles plus ambitieuses. L’industrie européenne fait d’ores et déjà pression en faveur d’un objectif de 25 % d’incorporation des agrocarburants d’ici à 2030 (47), en prévoyant que les agrocarburants de deuxième génération seront disponibles à ce moment-là.

Les technologies qui ne nécessitent pas de monocultures intensives et qui ne comportent donc pas de risques pour la production alimentaire ou pour les droits fonciers des populations vulnérables sont celles qui protègent au mieux les personnes pauvres. Par conséquent, l’énergie produite à partir des déchets municipaux, des résidus des cultures (pourvu qu’on en laisse suffisamment pour enrichir les terres) ou de matières premières non cultivables comme les algues présente les chances de développement les plus prometteuses.