Fiche 1
Pourquoi se mobiliser contre les agrocarburants ?
Les agrocarburants, une solution miracle ? Bien au contraire… Nos partenaires du Sud s’alarment des impacts catastrophiques d’un développement à grande échelle des agrocarburants, et ce à tous les niveaux : environnemental, social et alimentaire.
Il faut 232 kilos de maïs pour produire 50 litres d’éthanol : de quoi faire un plein de voiture, ou apporter les calories nécessaires à l’alimentation d’un enfant pendant un an…
Le monde est désormais confronté à un double problème énergétique : les réserves de pétrole diminuent tandis que la planète se réchauffe. L’Union européenne considère le recours aux agrocarburants comme un moyen d’assurer ses approvisionnements en énergie pour les transports et de lutter contre le changement climatique.
Mais les scientifiques émettent des doutes sérieux sur leurs avantages écologiques (fiches
12 et
13), en particulier sur la capacité des monocultures intensives à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et la production d’agrocarburants accélère la déforestation : en Indonésie, l’équivalent en forêt d’un terrain de football disparaît toutes les dix secondes pour laisser la place aux plantations de palmiers à huile.
Ce n’est malheureusement que la partie visible de l’iceberg. Les agrocarburants menacent aujourd’hui les cultures vivrières et les populations locales (
fiche 5), en accaparant la terre et les ressources naturelles. Alors que sur notre planète des centaines de millions de personnes souffrent déjà d’une extrême pauvreté et de la faim, poursuivre le développement massif des agrocarburants ne fait qu’aggraver la crise alimentaire mondiale (
fiche 4).
Ces projets favorisent des multinationales qui tentent d’imposer un modèle de développement destiné à une accumulation du capital, en mettant en péril la stabilité environnementale et sociale de notre planète.
CINEP, Colombie, partenaire de la campagne
Des objectifs irresponsables
Pourtant, la production d’agrocarburants destinée à la consommation locale des populations rurales des pays du Sud peut représenter une occasion d’accéder à l’énergie. Produits à petite échelle et bien utilisés, les agrocarburants pourraient renforcer une agriculture de proximité (
fiches 10 et
11). Mais ce n’est pas ce type de culture qui est mis en avant par l’Europe (
fiche 3).
Loin de favoriser un modèle de développement moins consommateur d’énergie, les agrocarburants entretiennent la surconsommation dans le secteur des transports. En décembre prochain, le Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement tranchera sur l’obligation d’incorporer 10 % d’agrocarburants aux carburants fossiles de nos réservoirs d’ici à 2020. Sans attendre, la France veut déjà aller plus loin : sous la pression de lobbies agro-industriels, elle a adopté un plan fixant des objectifs encore plus ambitieux : le “ plan biocarburants ” 2004, révisé en 2005, fixe l’objectif d’une incorporation de 10 % d’agrocarburants à l’horizon 2015. Il met en place des dispositions fiscales et encourage le développement des voitures “ flex-fuel ” équipées pour les agrocarburants et le carburant E85.
Agir avant qu'il ne soit trop tard
Il est urgent de s’attaquer au coeur du problème : réduire à la fois la surconsommation de carburants en Europe (
fiche 14) et refuser les politiques d’encouragement des agrocarburants promues en dépit du bon sens par la France et par l’Europe (
fiche 7).
Pour faire face efficacement aux enjeux posés par les agrocarburants, notre action doit avoir lieu à toutes les échelles : européenne, nationale, locale et individuelle.
C'est pourquoi nous ciblerons lors de cette campagne :
Le président de la République, Nicolas Sarkozy, actuel président du Conseil de l’Union européenne :
- pour appeler les chefs d’État du Conseil européen à s’opposer à l’objectif obligatoire proposé par la Commission européenne d’une incorporation de 10 % d’agrocarburants aux carburants fossiles d’ici à 2020 et à tout autre objectif chiffré.
Le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier :
- pour oeuvrer à une révision du “ plan biocarburants ” français, en supprimant l’objectif d’une incorporation de 10 % d’agrocarburants aux carburants fossiles d’ici à 2015 et tout autre objectif chiffré ;
- pour revenir sur les mécanismes de soutien à la filière française des agrocarburants.
Les présidents des conseils régionaux :
- pour développer les transports publics de passagers et le ferroutage pour les marchandises comme alternative au transport routier, afin de réduire la surconsommation de carburants.
Parce que l’action de chacun d’entre nous peut faire évoluer la situation, nous vous proposons, au-delà de l’interpellation des décideurs, des solutions individuelles, simples et pratiques, bien plus efficaces pour lutter contre le changement climatique que de faire rouler votre voiture à la betterave ou au colza !