Les agrocarburants, �a nourrit pas son monde - PAGE_NOM

mardi 31 mars 2009

2009 : Moins de céréales, plus d’agrocarb !

Dans son dernier rapport de la FAO intitulé « Perspective de récoltes et situation alimentaire » , l’agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture annonce une baisse de la production céréalière mondiale en 2009 par rapport aux niveaux records atteints en 2008… mais une augmentation des volumes consacrés à la production d’agrocarburants… Elle écrit ainsi, sur son site internet :

Selon les dernières prévisions de la FAO pour l’année commerciale 2008/09 (juillet/juin), le volume de céréales utilisées pour la production de biocarburants serait de 104 millions de tonnes, soit +22% par rapport à 2007/08, soit encore 4,6% de la production céréalière mondiale. Aux Etats-Unis, le volume de céréales utilisées pour la production de biocarburants devrait atteindre environ 93 millions de tonnes (dont 91 millions de tonnes de maïs), soit +19% par rapport à 2007/08.

lundi 30 mars 2009

Achat de terres: la liste s'allonge

Les informations sur les achats de terres dans les pays du Sud, pour produire des agrocarburants, continuent de filtrer. L’expansion.com, dans un article daté d’aujourd’hui et intitulé « Manger ou conduire : il faudra choisir », en liste un certain nombre. Le constat est édifiant :

- Au Mozambique, la surface totale des terres visées par les investisseurs dépasserait le double des terres cultivées aujourd'hui dans le pays !

- En Tanzanie, les transactions se multiplient. Par exemple, le Britannique Cams a investi entre $450 et $600 millions pour 45 000 hectares.

- dans le sud du Soudan, l’Américain Jarch a acquis des droits sur 400 000 hectares de terres fertiles.

- A Madagascar, Daewoo souhaite également mettre la main sur 120 000 hectares supplémentaires pour cultiver de l’huile de palme destinée à la fabrication de biodiesel. Les pourparlers avec Daewoo seraient aujourd'hui gelés.

- l’Arabie Saoudite investit en Ethiopie, au Pakistan et en Indonésie. 240 compagnies saoudiennes auraient obtenu des licences en Ethiopie et compteraient y investir $2,5 milliards.

- En Indonésie, l’Arabie Saoudite a investi dans un périmètre de 1,6 million d’hectares, dont une partie est destinée aux agrocarburants.

- Aux Philippines, la compagnie espagnole Bionor Transformacion va investir $200 millions sur plus de 100 000 hectares de terres pour cultiver du jatropha destiné à fabriquer du biodiesel. Dans ce même pays, Sarangani Biocarburants, un consortium emmené par des Japonais, prévoit de cultiver 50 000 hectares de jatropha.

- En outre, le Qatar et le Koweït investissent au Cambodge, l’Inde au Brésil, au Paraguay et en Uruguay.

Bien sur, il ne s'agit que de la partie émergée de l'iceberg, aucune entreprise ou Etat ayant intérêt à faire de la publicité autour de ces investissements par les temps qui courent...

samedi 28 mars 2009

Lancement de l'E10 pour lutter contre le changement climatique... poisson d'avril?

Ce ne sera malheureusement pas un poisson d’avril : l’E10, nouveau carburant incorporant 10% d’éthanol dans l’essence, sera lancé le 1er avril dans les stations essences françaises, remplaçant petit à petit les pompes Super sans plomb 95, relate un article de l’Express aujourd’hui.

Devançant les ambitions européennes en matière de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, la France prévoit d'incorporer 7% de biocarburants dans les carburants fossiles d'ici 2010 contre 5,75% visés par les autorités communautaires. Pour 2009, l'objectif est de 6,25% d'incorporation.

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lundi 23 mars 2009

Il n’y a pas de remède miracle

Le jatropha a fait beaucoup parlé de lui en 2008, notamment après la hausse brutale des prix des produits alimentaires, qui s’explique entre autre par le développement agrocarburants. Remède miracle, qui n’entrerait pas en concurrence avec l’alimentation ? Plante non-comestible poussant sur des terres arides ? Le constat d’ABC Burkina est tout autre :

Bien que la plante pousse bien sur les sols arides, il semblerait que son rendement chute si l'apport en eau et la qualité du sol sont insuffisants. Ce qui crée une pression sur le mode de culture, car viser un rendement optimal nécessite de planter sur un sol fertile et d'irriguer régulièrement...

Finalement, le jatropha ressemble beaucoup à une vache laitière. Si vous voulez que votre vache soit en bonne santé et vous donne beaucoup de lait, il faut lui donner une nourriture saine et abondante. Si vous voulez que votre jatropha se développe vite et bien et vous donne beaucoup de graines (et donc beaucoup d'huile) plantez-le dans une bonne terre humide. Arrêtons donc de dire que le jatropha n'entre pas en concurrence avec les cultures de produits alimentaires.

Ce n’est pas tant la plante ni la technologie qu’il faut questionner, mais le type de culture : partout où les cultures prennent la place des cultures alimentaires existantes ou potentielles, qu’elles s’étendent sur des surfaces importantes et ne sont pas dirigées vers un usage agricole immédiat (pour alimenter les moteurs des moulins, outillages agricoles ou tracteurs) elles entrent de fait en concurrence avec les cultures alimentaires.

mercredi 18 mars 2009

Shell : 100% agrocarb !

La compagnie pétrolière Shell, présente dans 110 pays et réalisant un chiffre d’affaires annuel de 179 milliards de dollars, abandonne les énergies renouvelables telles que l’éolien, le solaire ou l’hydro-électrique au profit des agrocarburants. C’est ce que relate un article du Gardian (en anglais) suite à l’annonce des dirigeants de Shell hier.

La raison, seuls les agrocarburants ont un avenir en terme de rentabilité :

The company said that many alternative technologies did not offer attractive investment opportunities. Linda Cook, Shell's executive director of gas and power, said: "If there aren't investment opportunities which compete with other projects we won't put money into it. We are businessmen and women. If there were renewables (which made money) we would put money into it."

C’est bien pour contraindre les entreprises à ce conformer à des exigences sociales et environnementales que les politiques existent… et c’est l’inverse que l’Union européenne favorise en augmentant considérablement les taux d’incorporation obligatoires d’agrocarburants dans les pays européens. Tout cela au nom du changement climatique…

lundi 9 mars 2009

Mozambique: les agrocarburants ne craignent pas la crise...

Le Ministre de l'énergie du Mozambique, Salvador Namburete, fier de constater que le secteur des agrocarburants n'est pas touché par la crise économique mondiale: les investissements prévus dans sont pays sont en effet en bonne voie de réalisation.

Dans un article du media en ligne guetali sadc (en anglais), le Ministre annonce que le Mozambique a reçu des demandes d'investissements sur plus de 5 millions d'hectares, pour la production d'agrocarburants à partir noix de coco, de tournesol ou de Jatropha...

En 2007, le gouvernement avait déjà accepté un projet de l'entreprise britannique African Mining and Exploration Compagny, d'un montant de 510 millions de dollars pour produire de l'éthanol à partir de canne à sucre dans la province de Gaza.

Grâce au marché européen, créé de toute pièce par la décision des Chefs d'États et de gouvernement de l'UE en décembre, de porter à 10% le taux d'incorporation d'agrocarburants dans les carburants traditionnels, l'agriculture d'exportation a de beaux jours devant elle en Afrique...

Les petits paysans, regroupés au sein de la Fédération des Paysans du Mozambique, qui exhortent depuis des années le gouvernement à forger des politiques économiques et agricoles solides qui valorisent la production locale et régionale attendent toujours.

vendredi 6 mars 2009

agrocarburants: 1er rapport officiel français critique!

Peu de publicité, étonnamment, autour de la publication du dernier rapport du Ministère de l’Ecologie sur les agrocarburants. Si Alternatives Economiques n’avait pas rédigé un article dans son numéro de mars 2009, ce rapport serait passé inaperçu dans la presse…

Selon Alternatives Economiques :

Pour la première fois en France, un rapport officiel critique le soutien aux agrocarburants et pointe leurs effets pervers.

Le rapport a mobilisé toute l’expertise scientifique disponible pour évaluer l’intérêt et les risques liés aux agrocarburants. Ses conclusions invitent à une grande prudence et soulignent que les objectifs politiques ont été fixés sans évaluation scientifique sérieuse des impacts induits :

Le présent rapport montre que l’objectif de 10% d'incorporation d'agrocarburants n’est pas réalisable sans la mobilisation de nouvelles terres. Si l’on considère la moyenne de réduction des émissions de GES des agrocarburants, qui est de 65% d’après l’étude ADEME/DIREM, on note que cet objectif maximal atteignable de 10% d’incorporation conduit à un gain net maximal en GES de 6,5%. Nous sommes donc, en toute hypothèse extrêmement loin de l'objectif de réduction des émissions de CO2.

Une promotion irraisonnée des agrocarburants en tant que solution aux problèmes du changement climatique serait donc potentiellement source de confusion dans la population en lui laissant espérer un maintien du développement de la mobilité via le transport automobile individuel.

Les agrocarburants ont été accusés d'être à la source des perturbations récentes des marchés agricoles. Il es t fort probable qu'ils ne portent pas seuls cette responsabilité, une analyse fine montrant que la situation est très différente selon les filières de production. Il reste que l'impact pourrait augmenter avec l'intensification de l'usage des agrocarburants. Les risques de conséquences indirectes, par exemple sur le coût des terres agricoles dans les pays du sud, doivent être considérés avec sérieux.