lundi 6 octobre 2008
Le rapport de l’ADEME « Regard sur le Grenelle » : une occasion manquée
Par Jean-Denis Crola, Oxfam France Agir ici,
lundi 6 octobre 2008
Catégorie : Lecture de l'actu
Mots-clés : Oxfam France - Agir ici
En amont des discussions à l’Assemblée nationale sur le projet de loi Grenelle et le projet de loi de finances 2009, l’Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (ADEME), a rendu public son rapport intitulé « Regard sur le Grenelle », dans lequel elle aborde la question des agrocarburants.
Les conclusions ne sont malheureusement pas à la hauteur de l’urgence de la situation :
« Le développement des biocarburants n’est au global que peu responsable de la hausse des prix alimentaires. »
Même si l’ADEME recommande un peu plus loin :
« Afin de ne pas amplifier la crise alimentaire mondiale et de contrôler des changements planétaires d’affectation des sols, il est nécessaire de limiter provisoirement le développement des biocarburants produits à partir de cultures de type alimentaire. »
Si les agrocarburants ne sont en effet pas seuls responsables de l’envolée des prix, considérer que leur rôle n’est qu’anecdotique témoigne d’un aveuglement édifiant à l’heure où le FMI, la FAO, la Banque mondiale, l’OCDE ou encore l’IFPRI estiment le contraire.
L’ADEME confirme par ailleurs le changement de méthodologie adoptée pour calculer l’impact écologique des agrocarburants français (Analyse du cycle de vie - ACV) : pas trop tôt, lorsque l’on sait que la méthodologie utilisée jusqu’alors, fortement influencée par les industriels, ignorait certaines étapes primordiales du cycle de vie des agrocarburants ! Cette méthodologie prendra dorénavant mieux en compte le changement d’affectation des sols, cause d’émissions considérables de gaz à effet de serre, le rôle joué par le N2O au pouvoir réchauffant 300 fois supérieur au CO2 et une meilleure répartition de la consommation d’énergie entre agrocarburants et coproduits issus de leur production.
Malheureusement, les résultats finaux de cette étude, qui devrait rendre public les bilans énergétiques et écologiques des agrocarburants français ne seront pas connus avant fin 2008, soit après la décision, au niveau européen, d’incorporation de 10% d’agrocarburants dans les carburants fossiles, poussé par la France.
Comment peut on, au nom de la lutte contre le changement climatique, promouvoir une politique dont les impacts n’ont pas été mesurés au préalable ?

