Les agrocarburants, �a nourrit pas son monde - PAGE_NOM

vendredi 10 avril 2009

Les Penan menacés par les palmiers à huile

En Malaisie, un peuple de chasseurs-cueilleurs est lui aussi menacé par la culture des agrocarburants. Les Penan vivent dans la forêt tropicale de Bornéo où prolifèrent les plantations de palmiers à huile.

L’association Survival international mène campagne en faveur des Penan et une chargée de campagne, de retour de Bornéo, témoigne de la déforestation : ‘Les parcelles de forêts abattues font place aux plantations de palmiers à huile destinées à la production de biocarburants. L'huile de palme représente un danger encore plus grave pour les Penan que l’exploitation forestière car les plantations ne leur laissent aucun espace pour pratiquer la chasse et la cueillette et leur mode de vie devient impossible.’

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de Survival international.

L’éthanol américain augmente le prix des programmes d’aide alimentaire

Selon un rapport de l’Office en charge du Budget du Congrès américain, l’utilisation croissante de maïs pour la production d’éthanol aux Etats-Unis pourrait couter 900 millions de dollars supplémentaire au gouvernement, en renchérissant les programmes d’aide alimentaire et de nutrition mis en place par le pays.

Selon un article de Associated Press (en anglais), le rapport montre que l’éthanol américain serait responsable de 10 à 15% de la hausse des prix alimentaires entre avril 2007 et avril 2008, battant en brèche les affirmations de l’administration américaine, qui jusqu’ici minimisait largement cet impact :

Higher use of the corn-based fuel additive between April 2007 and April 2008 accounted for about 10 percent to 15 percent of the rise in food prices during that time, the nonpartisan Congressional Budget Office said. That translates into higher costs for food programs for the needy.

jeudi 9 avril 2009

Coupeurs de canne au Brésil : l’équivalent d’un marathon par jour

Le Monde Diplomatique consacre une double page dans le numéro du mois d’avril aux conditions de travail des planteurs de canne à sucre au brésil :

Cinq jours de travail pour un jour de repos. Des horaires à rallonge. Un travail payé au rendement : moins de 1 euro par tonne de canne à sucre ! « Dans les années 1980, rappelle M. Aparecido Bispo, secrétaire de la Fédération des employés ruraux salariés de l’Etat de São Paulo (Feraesp), un ouvrier coupait environ 4 tonnes de canne par jour. Aujourd’hui, le rendement moyen est de plus de 10 tonnes, et certains travailleurs atteignent des records de 20 à 25 tonnes quotidiennes. » Un rythme de travail difficilement supportable pour l’organisme humain. Selon une étude de l’université de Piracicaba, il équivaut à courir un marathon par jour.

Ces dernières années, affirment les organisations syndicales, une quinzaine d’entre eux seraient morts d’épuisement.

Des organisations syndicales qui ont beaucoup de mal à peser, face aux intérêts économiques en jeu :

« En juillet 2008, raconte M. Bispo, dans les plantations de l’usine de Três Irmãos, un mouvement de grève a été massivement suivi. La direction a aussitôt licencié trois cents travailleurs, annonçant qu’ils ne seraient pas remplacés ; la police a molesté des grévistes, s’introduisant chez eux et leur intimant de reprendre le travail. »

« Ces entreprises où des capitaux étrangers ont été investis, où le patron en chair et en os disparaît derrière l’actionnaire, se montrent particulièrement hostiles à toute forme de négociation. »

L’industrie brésilienne de la canne à sucre connaît en effet actuellement un déluge d’investissements – entre 2008 et 2012, des investissements de 33 milliards de dollars US au total sont attendus, et durant cette période, le pourcentage d’usines contrôlées par des sociétés étrangères devrait quasiment doubler. Selon les prévisions, la surface de canne à sucre cultivée, actuellement de 7,8 millions d’hectares, augmentera jusqu’à atteindre environ 14 millions d’ici 2020, période durant laquelle la production doublera, de 487 millions à un milliard de tonnes :

Des fonds d’investissements de plusieurs millions de dollars ont également été placés sur les marchés boursiers étrangers, avec comme objectif spécifique d’investir dans l’éthanol brésilien. D’autres entreprises françaises sont présentes : Tereos (propriétaire de Béghin-Say), dont la filiale brésilienne Guarani est le troisième transformateur de canne à sucre du pays ; la société française Sucres et denrées (Sucden) ; et surtout Louis Dreyfus, géant de l’agroalimentaire devenu le deuxième transformateur de canne à sucre du Brésil après avoir racheté quatre usines en 2007.

Gourmande en terres, en eau, en pesticides et en engrais, la canne à sucre est par ailleurs brulée avant la coupe, provoquant des catastrophes sanitaires et environnementales :

Chaque jour, dans le seul Etat de São Paulo, affirme M. José Eduardo Cançado, chercheur à l’université de São Paulo (USP), 285 tonnes de particules toxiques et 3 342 tonnes de monoxyde de carbone sont dispersées dans l’atmosphère.

Il existe d’autres projets qui touchent à l’Amazonie — notamment dans l’Etat du Pará — et au Nordeste. » Dans cette dernière région, un projet gouvernemental de détournement de la rivière San Francisco se heurte à une forte opposition de la population. « Sa finalité première, affirme Umbelino, est d’irriguer des terres destinées, entre autres, à la production de canne à sucre. »

D’après les chiffres annoncés le 28 novembre 2008 par l’Institut national brésilien de recherche spatiale (INPE), 11 968 kilomètres carrés de forêt amazonienne ont été détruits entre août 2007 et juillet 2008, soit une hausse de 3,8 % par rapport à l’année précédente.

Quant à savoir si l’expansion de la canne se fait au détriment de la production alimentaire :

« Entre 1990 et 2006, dans l’Etat de São Paulo, les surfaces plantées en canne à sucre ont augmenté de plus de 2,7 millions d’hectares. Dans le même temps, les terres consacrées au haricot et au riz perdaient respectivement 261 000 et 340 000 hectares, soit un manque à produire de 400 000 tonnes de haricots et de 1 million de tonnes de riz (respectivement 12 % et 9 % de la production nationale).

mercredi 8 avril 2009

Documentaire: Le mensonge vert

Mardi 7 avril, sur Arte, un documentaire consacré au agrocarburants, ou "Comment la production de biocarburants contribue à réduire les surfaces consacrées aux cultures vivrières."

A regarder cette semaine sur le site d'Arte en suivant le lien : http://plus7.arte.tv/fr/detailPage/1697660,CmC=2535714,scheduleId=2511024.html

mercredi 1 avril 2009

E10 : personne n’est dupe !

Moins de bruit que prévu, pour le lancement de l’E10 en France ce mercredi 1er avril, en pleine semaine du développement durable… et plus grand monde à part le Ministère de l’Ecologie pour en vanter les mérite ! Petite revue de presse des articles parus aujourd’hui :

Coté environnemental ? De nombreux media et blogs révèle l’arnaque, dénoncée depuis longtemps par les organisations écologistes. C’est le cas de Verdura.fr par exemple qui titre : Carburant E10 : un non-sens écologique et économique ?:

L'éthanol, fabriqué à partir d'alcool de betteraves ou de céréales est censé lutter contre le réchauffement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Il consomme en réalité de grande quantité de terre agricoles, engendrant la déforestation, utilise des doses massives d'engrais chimiques et de pesticides liés à l'agriculture intensive, sans compter l'eau et l'énergie consommée ainsi que le transport nécessaire à son acheminement

Même constat sur europe1.fr : Le "biocarburant E10" serait une "arnaque":

la production d’éthanol, gourmande en énergie, en eau, en engrais et en pesticides, n’est pas "verte" du tout.

Par ailleurs, easybourse.com rappelle que ce carburant n’est compatible qu’avec les voitures récentes, alors même que les ¾ des nouvelles immatriculations sont… du diesel.

Du fait cette plus forte teneur en éthanol, l'E10 peut avoir un effet corrosif sur certains moteurs inadaptés. Le nouveau biocarburant n'est ainsi compatible qu'avec 60% des véhicules essence, essentiellement les automobiles immatriculées après 2000 (soit 9 millions de voitures en France).

Coté économique ? La non plus, personne n’est dupe : si le carburant est un peu moins cher à la pompe, il permet de réaliser un nombre inférieur de kilomètres… Actualité-news-environnement.com citant le porte-parole de France Nature Environnement

« L’ E10 coûtera sans doute le même prix que le SP 95 actuel mais il en faudra davantage pour rouler autant… En réalité, l’E 10 est une offre inutile à une demande inexistante, le tout pour un résultat négatif ».

Des propos précisés dans easybourse.com : indirectement, c’est bien le contribuable qui paye :

Grâce à des incitations fiscales, le nouveau carburant devrait coûter de 1 à 3 centimes de moins que le SP 95 (ce dernier valait 1,16 euro en moyenne la semaine dernière). Mais il brûlera plus vite. En théorie, une voiture roulant à l'E10 consommera aussi 1,7% de plus qu'avec du SP 95 classique.

Coté alimentaire ? Les impacts des agrocarburants sur la sécurité alimentaire des populations des pays du Sud, dénoncés par la campagne « Les agrocarburants ça nourrit pas son monde », sont relayés aujourd’hui dans plusieurs articles, notamment celui de verdura.fr, citant France nature environnement :

Utiliser des plantes alimentaires pour remplir l’estomac des voitures, plutôt que celui des Hommes ne permet pas de répondre aux dérives de l’agriculture intensive et à la faim dans le monde… » « un plein de 4x4, c’est 250 kg de céréales, soit la ration d’un homme pendant un an ».

Et de conclure :

Un site internet dédié à au SP95-E10 fournit la liste les véhicules compatibles : il ne fonctionne pas pour le moment. Les agrocarburants vis-à-vis de l'environnement et de la faim dans le monde, non plus.