vendredi 10 octobre 2008
Discours Nicolas Sarkozy au Mondial de l’Auto : soutien inconditionnel aux agrocarburants
Par Jean-Denis Crola, Oxfam France Agir ici,
vendredi 10 octobre 2008
Catégorie : Lecture de l'actu
Mots-clés : Oxfam France - Agir ici
Alors que l’enveloppe de 400 millions d’euros, annoncée par Nicolas Sarkozy lors de son discours au Mondial de l’Auto, pour favoriser le développement des véhicules électriques, pouvait laisser croire à une nouvelle orientation politique, le chef de l’Etat a renouvelé son soutien à la filière agrocarburants française :
« Dès l’année prochaine, nous allons commencer à remplacer des pompes de super sans plomb 98 par un carburant à 10% d’éthanol, l’E10. L’objectif d’incorporation de biocarburants par les pétroliers est confirmé à hauteur de 7% jusqu’en 2010, soit au-delà même des objectifs européens. »
Les distributeurs français de carburant ont déjà aujourd’hui l’obligation d’incorporer près de 6 % d’agrocarburant dans les carburants fossiles. Pourtant, personne ne sait qu’en prenant de l’essence, nous consommons de fait des agrocarburants et qu’une partie des taxes payées à la pompe par l’automobiliste est reversée à la filière, pour soutenir sa croissance. Le remplacement du super sans plomb 98 par l’E10 aura au moins le bon coté de la transparence. Cependant, c’est un soutien supplémentaire considérable à la filière, qui voit son marché se développer artificiellement, grâce au fort soutien politique de Nicolas Sarkozy.
En outre, Nicolas Sarkozy a clairement fait état de son intention de favoriser la 2ème génération d’agrocarburants :
« L’Etat va continuer de s’engager aux côtés de projets pilotes de production de biocarburants, mais de la 2ème génération, c’est extrêmement important. Ces projets ont vocation à devenir des références en Europe et dans le monde en matière de chimie verte et de biocarburants du futur. »
Aujourd’hui, la 2ème génération est un argument utilisé par les industriels et les politiques pour justifier la première. Les agrocarburants de première génération seraient ainsi un marchepied nécessaire, une étape douloureuse mais obligatoire vers un monde meilleur. Dans la réalité, les technologies utilisées n'empruntent rien à celles des agrocarburants de première génération et les premiers essais sont loin d'être concluants : l'usine pilote au Japon produira 1,4 millions de litres d'agroéthanol avec 48 000 tonnes de bois, soit 43 kilos de bois par kilo d’éthanol! Enfin, même si ces agrocarburants de 2ème génération n'utiliseront a priori pas la partie alimentaire de la plante, ils entreront tout de même en concurrence avec la production vivrière en détournant terres, eau et intrants des cultures alimentaires.
« Ce n’est pas la peine que l’on reste à la première génération. (…) La deuxième génération est beaucoup plus prometteuse. »
Pourquoi dans ces conditions développer les distributions de carburants E10, après l’E85 et le Diester, tous 3 issus de la 1ère génération ?

