Les agrocarburants, �a nourrit pas son monde - PAGE_NOM

mardi 24 février 2009

Sénégal: 200 000 hectares de jatropha pour les agrocarburants

Le site Cafebabel met en ligne un article alarmant sur le développement des cultures vouées à la fabrication d’agrocarburants, dans la zone de Vélingara, une région très fertile du Sénégal.

« La société norvégienne Agro-Africa (…) souhaite développer la production d’agrocarburants dans la zone de Vélingara, dans le sud du Sénégal, à 700 kilomètres de Dakar : « Nous avons demandé aux communautés rurales de pouvoir produire sur plus de 200 000 hectares (environ 10 % des terres arables du pays) et nous espérons commencer la production pour livrer nos premiers clients début 2010 », explique une personne travaillant pour la société norvégienne.

Ces investissements étrangers se font au dépend des agricultures familiales et vivrières locales et mettent un peu plus en danger la sécurité alimentaire du Sénégal, qui a déjà importé en 2007 plus de la moitié de sa consommation de riz.

« J’ai très peur de ce qui est en train de se passer. Les communautés ici sont tellement désespérées qu’elles sont prêtes à tout accepter sans connaître les tenants et les aboutissants du développement d’agrocarburants dans la zone », explique un journaliste sénégalais.

« Imaginez que la demande mondiale baisse et que le prix des agrocarburants s’effondre alors que nous avons concentré tous nos efforts dessus : nos situations seraient encore pires qu’aujourd’hui et nous serons condamnés à la famine. Le Jatropha ne se mange pas, le riz si. » explique Abdou Tall membre de la fédération des producteurs de l’Anambé

mardi 3 février 2009

Politiques européenne et française: ce qui a bougé depuis le lancement de campagne

L'adoption très décevante de la Directive européenne relative aux agrocarburants
L’Union européenne a adopté en décembre dernier le paquet « Ã©nergie-climat », qui contient la Directive sur les énergies renouvelables (décision du Conseil européen du 12 décembre, votée au Parlement européen le 17 décembre). Dans ce cadre, l’UE a maintenu sa décision de porter à 10 % la part d’agrocarburants dans la consommation totale de carburants dans les transports européens en 2020, contrairement à notre demande.

C'est une déception, puisque cette décision ouvre la porte à la ruée des entreprises européennes vers les terres des pays du Sud, pour produire huiles et céréales nécessaires pour atteindre l'objectif de 10%.

Le Parlement européen avait pourtant fait des recommandations fermes en septembre dernier, pour revoir à la baisse l’objectif d’incorporation et limiter les impacts négatifs de cette politique sur droit à l’alimentation, les déplacements forcés de population, ainsi que sur la déforestation et la pollution des sols. De ces recommandations, l’Union européenne n’a presque rien gardé. Seuls quelques critères environnementaux ont été renforcés, concernant notamment les seuils de réduction de gaz à effet de serre et la prise en compte du changement d'affectation des sols.

Les négociations sur les agrocarburants ont été prises en otage par certains Etats-membres, qui ont menacé de blocage l’ensemble du paquet « Ã©nergie-climat », si l’objectif de consommation d’agrocarburants était revu à la baisse. La France a par ailleurs suivi son propre agenda dans les négociations, privilégiant les intérêts à court terme de ses lobbies agricoles à la défense des droits humains des populations des pays du Sud

La France ne revient pas sur sa propre ambition
Le gouvernement français n'a pas été non plus à la hauteur : il n'a pas eu le courage politique de revenir sur l'objectif français, malgré les publications internationales multiples sur les risques du développement exponentiel de la filière. Dans plusieurs cabinets ministériels, on reconnaît pourtant souvent la démesure et les risques de l'objectif de 10%, mais sans vouloir remettre en cause le soutien promis au lobby agricole. Néanmoins, il semble qu’un débat s’est ouvert entre les différents acteurs autour d’un objectif limité à 7% en France, afin de ne pas recourir à des importations sans affecter nos propres marchés alimentaires.

Bonne nouvelle par ailleurs, les aides fiscales aux agrocarburants seront progressivement réduites suite à une modification du Projet de Loi de Finance, quoique de façon encore insuffisante. A noter que chaque loi de finance permet de rouvrir le débat : une opportunité existe chaque automne pour questionner les subventions à cette filière !

Les Régions françaises s'interrogent
Nouvelle positive : l’Association des Régions de France (ARF) a publié en fin d’année 2008 une étude critique sur la politique française de promotion des agrocarburants. L’ARF demande au Gouvernement de revenir sur l’objectif d’incorporation d’agrocarburant dans l’essence et le gazole, afin de tenir compte de tous les impacts induits.

Un guide méthodologique devrait être produit, afin d’inciter les exécutifs régionaux à bien évaluer les impacts économiques, environnementaux, énergétiques, sociaux et d’aménagement du territoire, avant d’apporter leur soutien à des projets de production d’agrocarburant sur leur territoire. Ce qui signifie de ne pas soutenir aveuglément la filière et d'examiner en détail ses impacts : première étape vers une approche plus critique ?

UNE MOBILISATION ENCOURAGEANTE !

Depuis le lancement de la campagne le 1er octobre 2008, plus de 100 conférences, projections ou manifestations publiques ont été organisées partout en France pour sensibiliser l’opinion aux dangers des politiques de consommation massive d'agrocarburants pour les populations du Sud. Ces événements ont aussi été l’occasion de diffuser les 100 000 pétitions et dépliants de la campagne. A ce jour, nous estimons que plus de 30 000 interpellations ont ainsi été adressées à Nicolas Sarkozy et Michel Barnier, ainsi qu’aux présidents de Régions… et la campagne n’est pas finie !

La campagne a bénéficié d’un large écho médiatique : près de 80 articles ont ainsi été publiés dans la presse régionale et nationale (dont Libération et le Figaro) et plusieurs radios nationales ont relayé la campagne (dont RFI, RTL ou France Culture). Nos partenaires béninois, colombiens et indonésiens ont fait entendre leurs voix et apporté de nombreux témoignages sur la menace que représente, chez eux, l’extension des cultures vouées à la production d’agrocarburants.

Une centaine de blogs relayent également le site Internet de la campagne (www.agrocarb.fr) et diffusent notre message sur la toile.

Nous avons rencontré à plusieurs reprises les responsables politiques clés au sein du ministère de l’Ecologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire (chef de file sur ce thème dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne), ainsi que des ministères de l’Agriculture et des Finances. Nous avons également interpelé les députés, ainsi que les eurodéputés français, pour leur exprimer nos préoccupations. Certain d’entre eux ont à leur tour écrit au Ministre de l’Agriculture. Nous avons enfin rencontré Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations-Unies sur le droit à l’alimentation, qui partage nos inquiétudes.

Les trois délégations de nos partenaires indonésien, béninois et colombien ont par ailleurs été mobilisées tant lors de rendez-vous politiques, médiatiques, que lors de manifestations publiques à travers toute la France.

CONTINUONS A NOUS FAIRE ENTENDRE !

La campagne « Les agrocarburants, ça nourrit pas son monde », lancée en octobre 2008 à l’occasion du salon de l’automobile, se clôturera le 21 février, jour de l’ouverture du salon de l’agriculture. D’ici là, la mobilisation continue en France !


Au niveau européen, nous continuerons à faire pression pour que les objectifs d’incorporation soient reconsidérés. Nous soutiendrons nos partenaires en Afrique, en Asie et en Amérique latine pendant l’année 2009, afin de relayer leurs positions auprès des instances européennes.


Au niveau français, il faut maintenir la pression ! Si le montant de la défiscalisation accordée à la production d’agrocarburants a été revu à la baisse dans le budget français pour 2009, le Gouvernement n’a pas remis en question les objectifs d’incorporation, plus ambitieux encore que ceux fixés par l’Union européenne. Il nous faut poursuivre la lutte en contestant localement chaque nouveau projet en France, et en informant les décideurs français et européens des catastrophes qui se poursuivent dans les pays du Sud, du fait du boom de la filière.

Continuons à interpeler Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, afin qu’il revienne sur le « Plan biocarburant » français !


L’Association des Régions de France (ARF) a par ailleurs publié en fin d’année 2008 une étude critique sur la politique française de promotion des agrocarburants. L’ARF demande au Gouvernement de revenir sur l’objectif d’incorporation dans l’essence et le gazole. Il est donc important de poursuivre l'interpellation des présidents de Région à ce sujet, et de les interroger sur leur éventuel soutien à des projets de production d’agrocarburant sur leur territoire.
Un guide méthodologique devrait également être produit par l'ARF, afin d’inciter les exécutifs régionaux à bien évaluer les impacts économiques, environnementaux, énergétiques, sociaux et d’aménagement du territoire, avant d’apporter leur soutien à des projets de production d’agrocarburant au niveau régional.

Plusieurs Régions développent également le transport ferroviaire régional. Des opportunités existent : continuons à interpeler les Présidents des Conseils régionaux, afin qu’ils développent des moyens de transports alternatifs à la route !

lundi 2 février 2009

Les "Agrocarburants" s'invitent au Sénat

La lutte entre « bio » et « agro » carburants s’invite dans le débat parlementaire sur le Grenelle de l’environnement, avec l’adoption par le Sénat d’un amendement favorable à l’utilisation du mot agrocarburants ! rapporte un article de Romandie News.

Selon Marie-Christine Blandin, sénatrice Verte du Nord :

''Si nous devions remplir nos voitures avec le bio-éthanol appelé à tort bio, nous entrerions tellement d'engrais et de pesticides que toutes les nappes phréatiques du Nord et de Picardie deviendraient non consommables".

Premier pas vers une remise en question de l’intérêt écologique de ces carburants issus de l’agriculture intensive ?

Qu'attendre des agrocarburants? Un article d'Olivier Daniélo

Un très bon article d’Olivier Daniélo sur la toile, consacré aux carburants de demain !

D’un point de vue environnemental, face à l’air comprimé, l’hydrogène mais surtout la voiture 100% électrique, les agrocarburants apparaissent comme une triste supercherie :

Le département Energie et atmosphère de l’université de Stanford a publié fin 2008 une étude multicritère permettant de comparer sérieusement les différentes énergies renouvelables susceptibles de répondre aux besoins du secteur transport. Critères utilisés: émissions de CO2, consommation en eau douce, pollution chimique, surfaces utilisées, impact sur la biodiversité etc. Il ressort de cette étude majeure que les agrocarburants ont le bilan le plus médiocre.

Mais Olivier Daniélo rappelle également les limites des agrocarburants en terme d’indépendance énergétique, qui est, avec la lutte contre le changement climatique, le principal argument fondant les politiques française et européenne de promotion des agrocarburants. Les victimes de ces politiques: les populations des pays du Sud:

Pour remplacer les 50 Mtep (millions de tonnes équivalent pétrole) brûlés chaque année dans les transports en France, il faudrait cultiver en colza 120% de la surface totale de la France ! L'équation est intenable; les surfaces nécessaires étant immenses, on assiste dans les pays qui développent massivement les agrocarburants, comme par exemple l’Indonésie ou le Brésil, a des pratiques déplorables : utilisation de terres qui étaient destinées aux cultures alimentaires, expropriation des petits propriétaires terriens, déforestation massive qui conduit à des conséquences dramatiques sur le plan de la biodiversité.