Le Monde Diplomatique consacre une double page dans le numéro du mois d’avril aux conditions de travail des planteurs de canne à sucre au brésil :
Cinq jours de travail pour un jour de repos. Des horaires à rallonge. Un travail payé au rendement : moins de 1 euro par tonne de canne à sucre ! « Dans les années 1980, rappelle M. Aparecido Bispo, secrétaire de la Fédération des employés ruraux salariés de l’Etat de São Paulo (Feraesp), un ouvrier coupait environ 4 tonnes de canne par jour. Aujourd’hui, le rendement moyen est de plus de 10 tonnes, et certains travailleurs atteignent des records de 20 à 25 tonnes quotidiennes. » Un rythme de travail difficilement supportable pour l’organisme humain. Selon une étude de l’université de Piracicaba, il équivaut à courir un marathon par jour.
Ces dernières années, affirment les organisations syndicales, une quinzaine d’entre eux seraient morts d’épuisement.
Des organisations syndicales qui ont beaucoup de mal à peser, face aux intérêts économiques en jeu :
« En juillet 2008, raconte M. Bispo, dans les plantations de l’usine de Três Irmãos, un mouvement de grève a été massivement suivi. La direction a aussitôt licencié trois cents travailleurs, annonçant qu’ils ne seraient pas remplacés ; la police a molesté des grévistes, s’introduisant chez eux et leur intimant de reprendre le travail. »
« Ces entreprises où des capitaux étrangers ont été investis, où le patron en chair et en os disparaît derrière l’actionnaire, se montrent particulièrement hostiles à toute forme de négociation. »
L’industrie brésilienne de la canne à sucre connaît en effet actuellement un déluge d’investissements – entre 2008 et 2012, des investissements de 33 milliards de dollars US au total sont attendus, et durant cette période, le pourcentage d’usines contrôlées par des sociétés étrangères devrait
quasiment doubler. Selon les prévisions, la surface de canne à sucre cultivée, actuellement de 7,8 millions d’hectares, augmentera jusqu’à atteindre environ 14 millions d’ici 2020, période durant laquelle la production doublera, de 487 millions à un milliard de tonnes :
Des fonds d’investissements de plusieurs millions de dollars ont également été placés sur les marchés boursiers étrangers, avec comme objectif spécifique d’investir dans l’éthanol brésilien. D’autres entreprises françaises sont présentes : Tereos (propriétaire de Béghin-Say), dont la filiale brésilienne Guarani est le troisième transformateur de canne à sucre du pays ; la société française Sucres et denrées (Sucden) ; et surtout Louis Dreyfus, géant de l’agroalimentaire devenu le deuxième transformateur de canne à sucre du Brésil après avoir racheté quatre usines en 2007.
Gourmande en terres, en eau, en pesticides et en engrais, la canne à sucre est par ailleurs brulée avant la coupe, provoquant des catastrophes sanitaires et environnementales :
Chaque jour, dans le seul Etat de São Paulo, affirme M. José Eduardo Cançado, chercheur à l’université de São Paulo (USP), 285 tonnes de particules toxiques et 3 342 tonnes de monoxyde de carbone sont dispersées dans l’atmosphère.
Il existe d’autres projets qui touchent à l’Amazonie — notamment dans l’Etat du Pará — et au Nordeste. » Dans cette dernière région, un projet gouvernemental de détournement de la rivière San Francisco se heurte à une forte opposition de la population. « Sa finalité première, affirme Umbelino, est d’irriguer des terres destinées, entre autres, à la production de canne à sucre. »
D’après les chiffres annoncés le 28 novembre 2008 par l’Institut national brésilien de recherche spatiale (INPE), 11 968 kilomètres carrés de forêt amazonienne ont été détruits entre août 2007 et juillet 2008, soit une hausse de 3,8 % par rapport à l’année précédente.
Quant à savoir si l’expansion de la canne se fait au détriment de la production alimentaire :
« Entre 1990 et 2006, dans l’Etat de São Paulo, les surfaces plantées en canne à sucre ont augmenté de plus de 2,7 millions d’hectares. Dans le même temps, les terres consacrées au haricot et au riz perdaient respectivement 261 000 et 340 000 hectares, soit un manque à produire de 400 000 tonnes de haricots et de 1 million de tonnes de riz (respectivement 12 % et 9 % de la production nationale).